Mon ami George
Nous avons beaucoup, beaucoup de chance...
Les grands malades du label Grapevine, John Anderson et Garry J Cape, ont écouté des heures et des heures durant tous les masters gravés par le label Malaco, pour en ressortir des plages sublimes, inédites, presque privées.
Ces recherches infinies ont mis en évidence les merveilles enregistrées par un des plus grands auteurs-compositeurs Soul de tous les temps, George Jackson. Pour la seconde fois, Grapevine nous met à disposition un George intime, un interprète inspiré qui se cachait derrière la plume des succés du Muscle Shoals Sound et de sa fameuse section rythmique. Ce sont des sortes d'évangiles apocryphes, dévoilés 20 à 30 ans plus tard, et réunis sur le disque "What would your mama Say ?".
Ecoutons cette face cachée de la southern Soul, une voix si subtile dans ses modulations, un interprétation tellement hypnotique au piano, vous l'aurez compris je suis un fan absolu. Et cette manière si douce de parler des femmes aux femmes...
Ces moments arrachés à l'oubli sont comme les traces du yéti dans la neige, des traces du passage du divin. Un mystère en somme...
L'affreux, chasseur de Yéti
Mémoires
Vous n'avez pas pu passer à côté, c'est la journée des mémoires...
J'aurais pu vous écrire quelques mots sur le sujet en version française (1848...), mais comme je suis en train de bouquiner "Une histoire populaire des Etats Unis" d' Howard Zinn, je ne peux m'empêcher de vous en livrer quelques passages à cette occasion :
Ces textes sont extraits du chapitre "Escalavage sans soumission, Emancipation sans liberté", et livrent des témoignages de cette courte période qui a suivi la fin de la guerre de Sécession, avant que l'arme du communautarisme ne soit de nouveau exploitée pour mieux diviser et donc mieux régner.
Commençons par JW Loguen (fin XIX ème), fils d'esclave, qui ,après s'être enfui, est devenu pasteur puis porte parole : "Le temps est venu de passer de la soumission au défi...C'est le Ciel qui m'a donné ma liberté, et, avec elle, le devoir de la défendre...Je ne vivrai pas en esclave et, si on employait la force pour me remettre en esclavage, je prendrais mes dispositions pour affronter ce moment en homme...Votre décision, ce soir, de résister à cette loi va faire souffler un vent de liberté...". "Finirez vous par comprendre que les droits de l'homme sont mutuels et réciproques et que si vous prenez ma liberté et ma vie vous renoncez à votre propre liberté et à votre vie ? Aux yeux de Dieu qui est aux cieux, existe-t-il une loi qui s'impose à un homme sans s'imposer à tous les autres ?"

ou encore Henry MC Neal Turner, ex jounalier des plantations ayant gagné sa force d'expression avec ses mains et sa volonté : " La seule grande question est la suivante : suis-je ou non un homme ? Si j'en suis bien un, alors j'en revendique les droits...En effet, monsieur, bien que nous ne soyons pas blancs, nous avons fait beaucoup. Nous avons bâti cette civilisation-ci. Nous avons construit votre pays. Nous avons travaillé dans vos champs et rempli vos granges durant deux cent cinquante années ! Et que demandons-nous en retour ? Exigeons-nous que vous rachetiez la sueur que nos pères ont versée pour vous ? Les larmes que vous avez causées, les coeurs que vous avez brisés, les vies que vous avez prises et le sang que vous avez répandu ? Crions nous vengeance ? Non. Nous souhaitons laissé ce passé mort enterrer les morts passées. Ce que nous voulons aujourd'hui, ce sont nos droits !"
Plus tard, en 1936, W.E.B Du Bois écrivait : "Dieu versait des larmes, mais cela importait peu dans un âge impie. Ce qui importait le plus, c'est que le monde versait - et verse encore - des larmes de sang qui l'aveuglent. En effet, en 1876, débutait l'ère du nouveau capitalisme et du nouvel esclavage pour les travailleurs".
Loin de moi l'idée de culpabilité et de contrition du "Blanc", mais c'est un jour de particulier sur un sujet qui m'est cher...Difficile d'illustrer cela en musique, j'éviterai le spiritual et je me contenterai d'un écho plus moderne et très personnel de cet ensemble.
Avec Hot Chocolate qui a marqué les esprits en 1974, un classique pour nous rappeler la vigilance même dans l'intime :
Et puis, pour prendre tout le recul nécessaire avec ces discours nocturnes, un ptit clin d'oeil de Jean Yanne à la case :
L'affreux qui s'égare un peu cette nuit
PS : si vous souhaitez découvrir le Nord, je vous conseille vivement deux dates le 20 mai et le 9 juin, c'est par là
Mon Jimmy va craquer
La contemplation prolongée de "l'agneau mystique" des frères Van Eyck en ce début de semaine a dû m'attirer des cieux cléments. En effet, le shopping qui a suivi cette courte paranthèse méditative m'a permis de faire le plein du label Minit.
Je révère depuis toujours ce label de la Nouvelle Orléans, pas pour la relative richesse de sa discographie, pas pour ses vieux R&B au catalogue, simplement pour avoir publié un album fantastique "Turning Point" de mon vieux compagnon Jimmy Holiday, dont je ne dirai jamais assez de bien...
J'ai choisi d'évoquer ce soir Jimmy McCracklin au travers d'une compilation de faces choisies pour le compte des labels Imperial et Minit. Jimmy est aujourd'hui âgé de 85 ans, même si au coeur des sixties il s'était légèrement rajeuni de 10 ans pour s'attirer les faveurs du public pubère. Avant ses débuts dans le Blues, Jimmy a d'abord été marin et boxeur. A la fin de la guerre, il enregistre son premier single pour Globe, puis d'autres suivirent pour Swingtime, Peacock, Premium et Irma. Il rencontre enfin le succès tant attendu en 1958 avec le single "The Walk".
En 1963, il rejoint Imperial puis Minit, pour sa collaboration discographique la plus longue avec un label. A quarante ans passés, c'est un jeune chanteur de Soul qui débute, tenté de rejoindre le marché émérgent, mais qui ne se départira jamais d'un bon vieux socle R&B plus classique.
Co-responsable du morceau "Tramp" avec Lowell Fulson, il ne parviendra pas à égaler ce succès, en dépit de changement de labels jusque dans les années 80 : Stax, JSP, Ichiban, Evejim...

Nous sommes pas en compagnie d'une Soul intérieure, plutôt une soul musclée, tout en restant polie et bien faite :
Non, Jimmy ne va pas craquer, c'est du solide.Les amateurs du genre retouveront tout cela sur le disque "I Had to get with it".
Soul Serenade
Les bons vieux trucs se perdent...
Rassurez-vous, la case fait ce soir (comme d'hab') dans le suranné, le poussiereux.
J'ai donc choisi parmi cette "New york soul serenade" un morceau de choix. Imaginons une dulcinée sur les quais de l'Hudson, attentive à la plainte de Porgy & the monarchs :
Mais laissons la main à Verlaine
" Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De la mandoline:
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.
Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d'insomnie.
Et pour finir, je dirai le baiser
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
- Mon Ange! - Ma Gouge!
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline:
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse."