Le king de Cincinnati
Un kid décidant de battre le champion des champions du poker, voilà une histoire qui finalement pourrait s'appliquer à Syd Nathan, fondateur du label King.
En pleine guerre, Syd fonde à Cincinnati, une maison de disques destinée à fournir de bons vieux Country & Western aux déracinés, partis chercher la fortune dans le Nord du pays. Inspiré et brillant, il crée des filiales, rachète, prend une part importante dans les compagnies qui sont en train de promouvoir la musique noire : Queen, Federal, De Luxe...
Profondément indépendant, Il maitrise tout : l'artistique, l'enregistrement, le pressage... Démarchant lui même avec quelques copies les DJ, il ne tarde pas à faire un carton dans les charts R&B puis R&R. Poursuivant sa soif insatiable, il acquiert de nouveaux labels dans des styles variés, véritable touche-à-tout. Puis le miracle arrive, grâce au directeur A&R, Ralph Bass, c'est la découverte et le lancement d'un ptit gars, James Brown et ses furious flames.
Et pourtant Syd détestait les chansons de James, ils n'ont cessé de se quereller, de désaccords en désaccords, viendra néanmoins le succès pour King. En 1968, Syd s'éteint, les labels sont revendus. End of the story et début d'une autre.
Reste à vous faire découvrir la face cachée de King et des labels associés Federal et Hollywood. Une face sudiste, brûlante où s'égarent les âmes les plus en souffrance, l'église et le confessional devaient se trouver à côté du studio, épreuves et expiations sont au programme de ces enregistrements. La compilation "King's serious Soul : Too much pain" n'a jamais aussi bien porté son nom, c'est du lourd, du sérieux et ça fait mal, très mal...
On débute avec Eugene Evans, qui décline l'Intensité pour l'éternité, sur les traces du Godfather, il disparaitra aussi vite qu'il est apparu avec quelques 45t en souvenirs :
- "Too much pain" (1968 - Hollywood), l'homme qui a déjoué les forces de l'attraction
Puis, on s'enfonce dans le marais. Le mystère s'épaissit encore et encore, il reste entier sur l'identité de ce chialeur incroyable, Billy Soul, servi par un orchestre de martiens enfumés et satellitaires :
Je pense pas qu'il soit nécessaire de vous en montrer plus, je souhaite pas endosser la responsabilité d'une exposition prolongée à ce type de radiations. Foncez sur ce recueil.
Bien à vous
L'affreux
Persiste et signe
Un ami me confiait récemment qu'il trouvait le contenu de la case trop triste, trop sombre, tant dans l'écriture que dans le choix des morceaux. Et en plus, me reprochait le côté un peu ésotérique de quelques discussions. Si tel est le cas, c'est loin d'être intentionel, c'est plutôt une question d'inclinaisons, d'affinités électives...
Par esprit de contradiction, en ce dimanche radieux, j'ai choisi un morceau de joyeux drilles, Bauhaus, à son attention. Ce titre est de nouveau disponible au travers de la ré-édition en CD de l'album "In the Flat Field" :
la lettre volée - Part III.
Entamons le 3 ème volet de cette missive électrique et étoilée, avec des voix plus ou moins familières, mais pénétrantes pour l'éternité.
Ouvrons une boîte pour commencer, pas celle de de Pandore, mais celle de Cooly's hot box. Loin des fléaux , le duo Angela Johnson et John Christian Urich est un vrai ravissement, mélangeant avec une rare habileté les sons les plus actuels aux intonations soulful, pleines de remembrances de la grande tradition. J'avoue sans détours mon faible pour la voix de John-Christian :
- "Maybe I" (2004 - Purpose/Dome), attachant dès les 1ères notes

Prolongeons cette douce vibration avec le godfather du genre, Omar, qui revient avec un sixième album, tant attendu, en Mai de cette année. Je ne rajouterai pas à grand chose à tout ce qui a déjà été écrit à propos de cette icone britannique, sauf à vous livrer son meilleur morceau selon moi, inégalé jusqu'à présent :
- "Outside" (1994 - RCA), le monument Valley de la nu-soul
Et puis, même si je suis déçu depuis le 2nd album, je vais quand même vous parler de cette voix un peu étouffée, voire filtrée, immédiatement reconnaissable, Van Hunt qui nous offre un pur instant de bonheur, avec une guitare discrète mais parfaite en fond :
Bonne nuitL'affreux
Un pont trop loin
Les bandes sons ont la vie dure, elles sont parfois malmenées, brûlées, oubliées sur des étagères poussieureuses, déréférencées. Et pourtant, voilà bien un objet qui mériterait un culte à sa mesure.
Ce fut le cas des masters enregistrés par le septet californien Bridge pour le compte de Bang Records, filiale du groupe CBS. En 1981, ce groupe d'Oakland se réunit au sein d'un studio au coeur du Colorado pour enregister un album qui ne verra jamais le jour.
La création de Bridge revient au batteur Paul Tillman Smith, après une aventure malheureuse avec le groupe Vitamin E, produit par Norman Connors. Smith réunit 2 chanteurs prometteurs Derick Hughes, fils de Freddie (pour les soul fans), et Debravon Lewis. Après quelques concerts dans la Bay Area, le groupe est lancé. Les malversations et les intrigues des producteurs viendront à bout de Bridge, et les bandes resteront oubliées avant leur redécouverte par le label anglais First Expérience Recording, vingt ans après.
L'album est fantastique du début à la fin, pas une seule plage à jeter. C'est un vrai bijou, magnifié par les deux interprètes de l'album, une ode à l'amour du chant.
Je suis tombé amoureux de la voix de Debravon Lewis :
- "Stella" (1999 - FER), un duo parfait, et il y a du monde derrière (ah le trombone)
Une question demeure, qui (chez CBS) avait les oreilles dans le platre en 1981 ?
Réparez cette erreur en vous procurant d'urgence cet objet du désir.
L'affreux
PS : à propos de bandes, allez faire un tour sur le blog de Benoît, Dustytape.
la lettre volée - Part II.
Je reprends mon bâton de pélerin et mon barda, au travers de la jungle des beats, au coeur de la forêt Electronica sonnante et parfois trébuchante, pour vous livrer quelques unes de meilleures voix de la soul récente, qui n'a malheureusement pas l'écho qu'elle mérite.
Après Tiombe, reprenons avec un vieux "jeune" du genre en question, Andrew Roachford, qui a publié un album solo en 2003 "Heart of the matter". Plus intime, plus concentré que pour les albums signés pour Columbia, Andrew réalise ici une pure merveille d'équilibriste :

Big Brooklyn Red prend la suite de sa voix douce, un type brillant qui marque de sa maitrise du chant ce morceau entêtant à souhait, extrait de "Foreword" :
Passons à un auteur plus connu, plus rocailleux aussi, Ricky Fante a gravé en 2004 un album "Rewind" dans la plus pure tradition du Sud, en y mêlant des arrangements plus modernes, quitte à s'y perdre parfois. Reste le timbre :
- "Why" (2004 - Virgin), la belle vie...
Terminons cette 2ème série par une chicagoanne, Cherisse, et son 1er album indépendent au charme immédiat tant l'écriture y est brillante, extrait de "Moans" :
Le printemps s'annonce bien.
Le Messie
La presse parle beaucoup de la 1ère exposition consacrée au photographe Jacob Holdt, à la Filature de Mulhouse.
Ce Danois a traversé les Etats Unis en stop pendant plusieurs années, vivant de rien et de son sang, au coeur d'une réalité sociale souvent occultée.
Les photos sont parfois choquantes, toujours émouvantes aux larmes. Voyeurisme et témoignage, on ne ressort pas indemne de cette expérience. Reste la compassion...
American-Pictures
L'affreux
la lettre volée - Part I.
C'est pourtant évident, sous nos yeux et pourtant transparent...
Les départs anticipés, les rendez-vous manqués nous rappellent avec force que le temps présent se déguste maintenant. La mort a pris de vitesse nos regards insistants vers le passé. Les récents concerts ont secoué les dernières hésitations. La qualité des voix a souligné les écarts. Un constat identique avait habité l'ami Tib'O, il y a peu.
On reproche souvent aux albums de Nu-Soul leur manque de consistance, un ton sur-produit. On se plaint du trop peu de pépites que contiennent les albums, mais à y regarder de plus près...Est-ce si différent des albums des aînés ?
Des voix soul fabuleuses sont aujourd'hui réfugiées au sein d'obscurs labels. Je viens d'avoir un véritable coup de foudre (je pèse les mots) pour la chanteuse Tiombe Lockhart, et pour son album auto-produit "Bootleg #1". Cet originaire d'Atlanta a fait son trou à New York, aux côtés des Platinum Pied Pipers. Elle a attiré l'attention au travers de quelques apparitions ciblées.

Je vous propose un extrait de ce "Bootleg #1", que j'ai sur le bout du Coeur depuis quelques jours :
La bonne nouvelle, c'est la sortie d'un 1er véritable album cette année pour le compte du label Bling47, sous l'égide de Wajeed.
Ceux qui m'ont suivi pour Leela James ou Eric Roberson, peuvent continuer les yeux fermés.
Soutenez Tiombe, de grâce !