Dans la cour des très grands - Vol V
Pour terminer l'année en beauté, reprenons avec Ted Taylor cette grande série dédiée aux auteurs-compositeurs et interprètes de génie qui composent mon affreux panthéon.
Né au milieu des années 30, en Oklahoma, Ted débute très jeune au sein de formations gospel, histoire de peaufiner sa voix d'ange. Il rejoint vite Los Angeles où il chante avec entrain, entre autres pour les Mighty Clouds of Joy, The Cadets ou encore The Jacks. A la fin des 50's, son falsetto divin résonne en solo pour les labels Ebb, Okeh... A cette période, le producteur toujours inspiré Carl Davis le prend en main, et réussit le hit "Be ever wonderful", trouvant le style soul-blues qui convient le mieux à Ted. Malgré tous ces efforts, les singles ne décollent pas, en dépit d'un détour par Nashville.
Il resurgit à la fin des 60's au travers des sublimes productions pour le label Ronn, pendant une décennie. Son style fonctionne à plein lors de tournées sudistes, avant une curieuse tentative disco pour MCA en 1978. Mort en 1987 lors d'un accident de voiture, son chant aigu demeure inimitable, à la croisée des racines du son Grand Sud. Depuis la 1ère écoute, je n'ai pu me détacher des ces notes haut perchées, collectionnant sans relâche les traces de son passage sur Terre.
Reste à vous donner envie :
- "Houston Town" (1971 - Ronn), à déconseiller aux amateurs de soul cardiaques, les soirs de pluie
un album de la période Ronn en CD, c'est par là, pour le reste cherchez...
Au coin du feu
Ce qui me plaît tant dans Noel, c'est la permanence des choses qui s'y attachent plutôt que les surprises qu'on en attend.
La douce mélancolie du lendemain, passée l'euphorie du réveillon, en fait partie. Je laisse quelques échos de celle-ci auprès de votre sapin.
J'ai choisi des chansons de vieux indiens, drôles de chansons de Noel, j'en conviens...C'est saisissant de convier autour du feu ces voix ancestrales, car les dieux dansent autour de vous, entouré de mille feux. A moins que vous ne vous soyez assoupi à proximité du sapin...
Peut-être encore des idées de cadeaux, foncez là, ou là-bas en passant par ici.
Canal historique - Part II
Ce week-end, j'ai regardé une interview de Monsieur Chédid fils. Interrogé sur son absence d'engagement social ou politique, il objecta que la fonction de la musique était ailleurs. Je suis assez d'accord avec cela, the truth is out there !
L'objet n'est pas de tirer ici des conclusions définitives, mais force est de constater que la musique que j'aime semble à première vue à des années lumières de " l'engagement".
Sa fonction apparaît pourtant sans fioritures :
- Pleurer les femmes/hommes parti(e)s, avec plus ou moins d'amertume
- En séduire de nouvelles/de nouveaux, par la voix, le charme et un petit côté mélancolique, au besoin
- Danser avec elles/eux jusqu'à l'épuisement
- User les corps
- et pour l'interprète : se faire de l'argent en prenant son pied
La soul est une musique du corps, et de tout ce qui le traverse, la sueur, les larmes, le sang. ça vous penètre par endroits, comme l'écriture de Gombrowicz, un genou, une nuque par là...Les parties du cerveau stimulées à l'écoute sont sans doute les plus archaiques, un bout de cerveau reptilien, un lobe frontal usé.ça couve, ça secoue, ça remue l'intérieur.
C'est une musique de pleurnichards rusés, de roublards pathétiques, d'anges aux ailes coupées, de galériens de panache, qui ne cessent de pérpétuer les fonctions essentielles de la musique. En cela son pouvoir est diabolique, de ceux qui feraient hésiter un sage soufi au bord du dancefloor.
Si il y a un engagement dans la musique, un seul, c'est celui de la vie, de se sentir debout et vivant alors que tout autour semble organisé pour nous endormir dans le quotidien et pour nous faire oublier l'essentiel.
J'ai choisi des vieux tubes de Dee Clark pour illustrer mon propos : - son tube "Raindrops" (1961 - Vee Jay), avant la débâcle
Peu de gens se soucie aujourd'hui de Dee Clark, mais son interprétation remplit largement les fonctions nécessaires à mon bon plaisir. Il faut souvent remonter le temps ou passer les frontières pour trouver l'essentiel.
L'affreux
Carolina Soul
J'ai pris un peu de retard sur le rythme habituel, mais la patience est souvent récompensée.
Soul Junction est nom prometteur, mais c'est surtout le nom d'un des sous-labels de Grapevine, auquel je voue un amour inconditionnel. Ils ont fait très fort ce coup-ci en éditant les singles, parfois unreleased d'un certain Ron Henderson & Choice of colour. Et bien c'est une surprise de taille, de celles qui vous donnent confiance sur la route du son.
L'homme en question n'a pas eu vraiment d'audience lors des sorties de 45t sur les labels APT, GRT ou encore Chelsea. Pour autant, sa voix est extraordinaire et a conquis mon coeur en un clin d'oeil. Des morceaux à vous couper le souffle, un don du ciel qui se matérialise sous le casque.
Il s'agit d'un travail de réédition et d'excavation fabuleux, écoutez un peu :
- "I'll be around" (1976 - Chelsea), une merveille à la Marvin, où Ron est accompagné au chant de William Britton, vous ne rêvez pas !
- "Love is gone" (1976 - Chelsea), toujours aussi renversant et énergique
Tout cela a été enregistré au Reflection Sound Studio à Charlotte en Caroline du Nord par un magicien. Vite c'est là.L'affreux
Un ange à ma table - Part II
Il y a deux morceaux au piano qui m'achevent littéralement à l'écoute, "Nardis" par Bill Evans et "Equipoise" de Stanely Cowell.
Et il se trouve que Dwight Trible a repris un de ces monuments, je vous invite à déguster cela car c'est empli de grâce :
- "Equipoise" (Plug Research - 2004), toujours accompagné de Build an Ark
et un autre morceau dédié à Coltrane :
Peu de textes durant cette semaine fortement agitée, mais à la place deux extraits habités par le feu ...
L'affreux, débordé
Un ange à ma table - Part I
Samedi, les messagers du bonheur, habillés de bleu et jaune dans leurs drôles de taxi, ont déposé les graines d'une passion nouvelle et sans failles.
Je suis tout électrique, dévoré par une drôle de sensation, excité jusqu'à la moelle. Déambulant sans repos, je vacille sur ma chaise, le casque pourtant solidement posé sur les oreilles. C'est le coup de foudre, celui qui fait le charme de l'existence.
J'ai du mal à croire à ce qui est en train de se passer, les vibrations des arkestras du passé, les démons du cuivre, résonnent à tue-tête. Au milieu, surgit la voix d'un ange, réincarnation de Leon Thomas et d'Andy Bey. Les chants déchirés de la révolution Afro accompagnent les percussions de Def Reklaw, membre des Pharaos. Ce survivant de la Windy City a retrouvé la liberté de créer dans un environnement unique.
Les fantômes du Label Tribe tournoient autour des respirations funestes du trombone de Phil Ranelin. Celui qui fit tonner à nouveau la motor city dans les 70's renoue avec la fine fleur des jeunes musiciens de LA.
Cela respire le bonheur du travail en commun, la confiance en la paix et l'amour comme au bon vieux temps des illusions porteuses de puissances créatrices.
Au manettes de ce projet fou, Build an Ark, le jeune Carlos Nino, féru de disques, a réussi une fusion magique qui donne tout l'espace à une voix angélique.
Cet être séraphique tout droit sorti de Cincinatti s'appelle Dwight Trible. Protégé d'Horace Tapscott, Dwight dispose d'un chant renversant. Le tremblement corporel qui en résulte vous pousse sans retenue dans des nuages chargés de spiritualité. Dieu est vivant, il a mis sur ma route un émissaire parfait.
On écoute :
Dans le prochain post, je vous ferai partager d'autres chansons sublimes de Dwight. En attendant, dans sa grande miséricorde, le tout-puissant a voulu que je le vois en chair et en os, ce samedi. Les voix du seigneur sont impénétrables, et les choses sont parfois bien faites.
PS : une idée de weekend unique : vendredi soir l'affreux thom aux platines pour danser, le lendemain Dwight en concert pour rêver, les Flandres comme vous ne les avez jamais vues...
Vas-y Eric, envoles toi
Si vous me posez la question suivante, une lampe dans les yeux, après plusieurs jours de privation sensorielle : quel est ton chanteur soul préféré ?
Je risque de rester longtemps à l'ombre. Si vous précisez le champ de vos recherches, quel ton chanteur soul actuel préféré ?
Je repondrai sans l'ombre d'une hésitation Eric Roberson, mon coup de foudre galactique de l'année dernière. Ce dernier vient de publier un mini album "The appetizer". Au départ, cela ne devait constituer qu'un EP, mais le stylo d'Eric s'est envolé au delà des limites pour notre plus grand plaisir. Musicalement, c'est un peu en dessous de son chef d'oeuvre "The Vault Vol 1.5". Mais la voix surpasse les espérances de l'amateur en quête d'absolu. De quoi se taper la tête contre les murs...
Eric n'a pas l'audience qu'il mérite dans les médias et chez les marchands, allez sur son site acheter ses albums à un prix défiant toute concurrence.
On écoute :
L'affreux