Remuez doucement
Terminons cette semaine, par une ode aux dancefloors qui, si j'en crois les posts, sont en plein échauffement.
Voici donc pour vous accompagner un morceau d'un groupe de Virginie, Shake, produit et piloté par Leni Guess.
On ne sait rien du groupe et d'ailleurs "Music is the only way we can communicate" est leur seul album à ma connaissance, de la basse, des cuivres, une voix aux syllabes lascives :
Passez un bon we
La vie, simple comme un coup de fil
Cette année, le label DBK works a mis sur le marché CD un véritable trésor. Il s'agit de l'album "Love is here and now you're gone" de Tami Lynn.
Tamiya est née dans les 40's à la Nouvelle Orléans, et débute sa carrière dans les clubs locaux où elle fait la connaissance de Harold Batiste à la tête d'un groupe de musiciens du coin. En 1964, lors d'une convention, elle attire l'attention de Jerry Wexler, qui la confie aux mains de notre vieil ami Bert Berns pour le compte d'Atco. Cela debouche sur des singles et puis l'oubli.
Tami prend la direction de Los Angeles, en compagnie de Batiste, elle assure le back-up vocals pour Wilson Pickett, Dr John...
C'est d'ailleurs lors d'une session pour un album de Dr John, que Jerry Wexler se pointe en studio et retrouve Tami quittée 5 années plus tôt. Ils enregistrent un single pour Cotillon.
Mais le destin de Tami prendra un vrai tournant du fait des ventes de l'autre côté de l'Atlantique, où le single "I'm gonna run away from you" fait un carton. John Abbey de "Blues & Soul" fait venir Tami pour une tournée très "Northern". De retour au pays, Abbey prépare avec Wardell Quezergue l'album en question pour Cotillon, au sein du studio Malaco de Jackson.
Ces hommes aux manettes sont portés par un courant divin :
- "Monologue : Hoping" (1972 - Cotillon), l'album est entrecoupé de monologues qui amènent brillament les compositions
- "Love is here and now you're gone" (1972 - Cotillon), titre sublime, la voix éclate dans le micro pour cette reprise d'un morceau du trio Holland-Dozier-Holland. L'impression délicieuse qu'elle chante au creux de votre oreille, rien que pour vous
Ces infos sont tirées des superbes liner-notes de Tony Rounce de la ré-édition DBK.Après cet enregistrement, Tami retournera aux studios pour les autres, notamment pour le backing vocals d' "Exile on Main street" des Stones, puis pour un album solo jazz en 1992.
Ps : à visiter absolument ce podcast passionné et passionnant de Saskia - As serious as your life, et les chroniques quasi-quotidiennes du père Tib'O.
Beaucoup de bruit pour rien
Les nuits rallongent, la température baisse, le ciel s'assombrit. Je ne sais pas si ce sont les premiers effets de l'automne, mais je me sens d'humeur maussade, voire désabusé. Soit c'est l'influence de l'environnement, soit je projette mon état sur le monde extérieur. Depuis la rentrée, je trouve la scène audioblog française ralentie. Peut-être, la saison...
La case fêtera bientôt son année d'existence, l'heure du bilan a sonné. Je prends beaucoup de plaisir à écrire ces billets au fil des jours, à partager, à rencontrer des gens si différents. La case revendique un rôle de passeur, au profit des artistes qui me sont chers. Mais la question me taraude depuis plusieurs nuits, en dehors de mon plaisir, a quoi bon ?
Si je prends mon entourage proche, ont-ils acheté plus de disques ? Eh bien non, ça compile, ça déguste, ça commente. Passionnés, eux aussi, la qualité des morceaux choisis leur paraît indéniable.Je me raisonne, considérons l'échantillon comme non représentatif ! En effet, ils sont restés au stade des assignats et du troc. Le commerce en ligne, ils l'utiliseront peut être dans 50 ans, une fois bien sécurisé. ça limite forcément les achats que je recommande, eh oui...
Mais reprenons, qu'avez vous acheté suite aux posts de la case ? Quels sont les disques qui vous ont passionné à l'écoute ? Est-ce que tout cela aura servi à quelque chose ? Certains me diront que les porte-monnaie sont bien vides ces temps-ci, le mien est toujours percé au delà de la raison, au grand dam de la Dame.
Je prends quelques jours de vacances bien méritées, loin de l'écran. J'attends avec impatience de vous lire dans une semaine.
Restez en compagnie de mon morceau préféré de cette amie nocturne qu'est Brenda Russell :
A bientôt
L'affreux
PS 1 : réservez vos places, Betty Lavette passe à Bruxelles le 02/11, I'll be there...PS 2 : Si j'avais un peu plus de temps, je me lancerais bien dans un side project autour du flamenco. A creuser
Deep Randy
L'affreux remet le couvert avec l'irrésistible Randy Brown.
Les pochettes des albums soul à la fin des années 70 inquietent plus souvent qu'elles n'attirent. C'est le cas de l'album "Welcome to my room" publié en 1978 sur le label Parachute. Mais il faut savoir dépasser les apparences, n'est-ce pas ?
Randy Brown n'est malheureusement pas très connu. Cet originaire du Tennessee a débuté dans le chant avec le groupe The Newcommers pour Stax. A partir de 1973, il débute une carrière solo pour le compte du label Truth, gravant l'inoubliable "Did you hear yourself", puis Stax enregistre en 1975 "Check it out". Sans maison de disques au milieu des 70's, il renoue avec les sublimes producteurs et compositeurs Carl Hampton et Homer Banks, pour aboutir à la publication de "Welcome to my room" puis de "Intimately". Il rejoint ensuite le label Chocolate City. Randy semble toujours vivant et plus gospel que jamais comme à ses débuts.
Amateurs de mellow, écoutons cette voix profonde :
Une voix sublime, ne vous privez pas d'un album parfait, en plus à ce prix là
Holy Grail
Les doigts poussiéreux, je relève la tête de temps à autre pour reprendre mon souffle. Telle ma quête. Croyez-moi, il faut en soulever de la terre, au fond du trou, pour localiser puis extraire les pépites.
En les contemplant entre ses doigts, on se met rêver d'un filon, garant d'une vie meilleure. Un album, bon du début à la fin, subtil, équilibré, l'objet est rare, caché, enfoui. De tête, essayez d'en citer quelques uns, sur les doigts d'une main, des deux ?
Je viens de tomber sur un trésor, ce week end, un de ceux pour lesquels la touche forward est une insulte. Une perfection, inspirée, déchirante qui vous colle à la peau, au tympan et à l'âme.
Betty Everett est née en 1939, à Greenwood dans le Mississippi. Ses succès sur Vee-Jay sont incontournables, "You're no good" et "The shoop shoop song (it's in his kiss)". L'album "There ll come a time" en 1969 avait bien marqué son temps, lui aussi. Son passage sur Fantasy en 1974 pour l'album "Love Rhymes" et en 1975 pour "Happy endings" m'était inconnu. Comment ai-je pu passer à côté de ce joyau ?

Sur "Love Rhymes", une conspiration de producteurs à la hauteur de cette voix pénétrante, pour une partie des titres Johnny Watson & David Axelrod, pour l'autre Willie Mitchell ! Les personnes qui ont eu le coeur déchiré par Jean Plum ou Betty Lavette peuvent directement passer par la case du site marchand.
écoutez un peu l'oeuvre de cette dream team :
Imaginez-vous derrière la vitre du studio, à ce moment là, à genoux et en larmes.
La ré-édition est malheureusement en rupture, mais vous retrouvez une partie sur le recueil dédié aux années Fantasy. Le ravissement a un prix : achetez le disque.
Clin d'oeil à Roland et Regis
Que serait Philly sans Dee Dee ?
Après l'abattement du Gloomy sunday, je vous avais promis de revenir au groove, le morceau aura rassemblé de nombreux commentaires pour mon plus grand plaisir. Mais quelle frustration en même temps, lorsque je mets un diamant soul, c'est parfois le désert...
Bref, reprenons le fil de nos explorations. Dans la grande famille de Philadelphie, évoquons aujourd'hui, Dee Dee Sharp.
Née Dione LaRue en 1945, elle commence à enregistrer comme choriste à l'âge de 13 ans, pour les labels Cameo-Parkway. Son duo "Slow Twistin" avec Chubby Checker, bien que non crédité, la propulse dans les charts, avant d'atteindre les sommets avec son tube "Mashed Potato Time". Dee Dee est associée à jamais aux danses endiablées des 60's, sur de singles qui reprendront cet air de succès jusqu' à l'épuisement.
Elle rejoint Atco en 1966. Sa rencontre avec Kenneth Gamble est décisive, c'est elle qui le présente aux labels, ils se marient en 1967. En grande partie sur les royalties des singles précédents, Gamble fonde le label "Gamble" puis d'autres labels (P.I.R !!) avec Leon Huff, propulsant Philadelphie au coeur de la Soul Story.
En 1976, les studios accueillent à nouveau Dee Dee pour "Happy 'Bout the whole thing", suivi de "What Color is love" en 1978 puis de "Dee Dee" en 1980, date du divorce avec Kenny. Ensuite, Dee Dee se fait remarquer pour ses liaisons amoureuses et passe accessoirement un doctorat de psychologie.
Pas de doute que cette femme a joué un rôle majeur mais discret pour le Philly Sound...
Pour la retrouver, passez par ici
Gloomy Sunday
Vous avez certainement déjà entendu parler de cette légende, dans laquelle les ondes radiophoniques avaient le pouvoir d'ôter la vie.
Reszo Seress a composé en 1933 la mélodie de "Glommy Sunday", un sombre dimanche, suite à la rupture avec sa fiancée. Son ami et compatriote hongrois, Laszlo Javor, y ajoutera les paroles. Ils finiront par trouver une maison d'édition.
La diffusion radiophonique commença au milieu des années 30, avec un effet des plus funestes. La chanson était au coeur d'une vague de suicides ravageuse. Des pianistes furent retrouvés gisants la partition à la main, des anonymes avec le disque tournant sur le gramophone, d'autres enfin mentionnat le texte dans leur dernière lettre. La jeune femme, par laquelle tout est arrivé, connut le même sort. Le texte fut traduit en anglais avec les mêmes conséquences, le morceau fut "retiré des ondes", puis aseptisé.
Difficile de distinguer le vrai du faux dans cette histoire, reste une mélodie intense dans des interprétations aussi diverses qu'inspirées :
- la version crépusculaire de Damia, "Sombre Dimanche", que l'on retrouve sur de nombreuses anthologies dédiées à la chanteuse, dont celle-ci.
Prenez vos précautions avec la radio...